Trek de l’Everest Partie 1

Le sentier des explorateurs

Découvre la seconde partie du récit en cliquant sur le lien suivant: Trek EBC, la route des cieux.

La route des explorateurs

Katmandu-Shivalaya- Jiri

Ça y est, c’est le grand départ. Après avoir effectué les derniers préparatifs pour la marche, on se rendit en banlieue de Katmandou en taxi afin d’y prendre un bus jusqu’au point de départ du trek.
Conformément aux indications reçues, on commença par trouver le vendeur de tickets de bus qui prenait tranquillement son thé dans un une petite boutique. Le fait de passer par cet intermédiaire permit de s’assurer une certaine qualité de service, c’est-à-dire qu’un homme qui s’avéra être le rabatteur était responsable de commander pour nous du thé, mais surtout de nous indiquer notre bus lorsque celui-ci se présenta. Une fois à bord, on nous installa au niveau de la porte coulissante, là où prend place la magie du rabatteur.
Le métier de rabatteur est simple. Il suffit de jaillir du bus -en tapant deux fois sur la portière ouverte- à chaque fois qu’un groupe de personne se présente en bord de route et de convaincre ceux-ci d’embarquer. Une fois le rabattage terminé, le rabatteur embarque en tapant cette fois-ci une seule fois sur la portière donnant le signal de départ au conducteur. Le reste du temps, le rabatteur, agrippé à une barre de fer, s’incline au-dessus de la route en hélant ‘Shivalaya Jiri Jiri Jiri Jiri Jiri’ en rythme, ce qui correspond aux destinations du bus.
C’est parti pour 7 heures de route rythmée de musique népalaise à tue-tête, de klaxons à chaque virage et du bruit de paume frappant contre la portière. Très vite les bâtiments suburbains laissent place à des forêts luxuriantes et des paysages de cultures en terrasses. Il n’est pas rare que des vendeurs ambulants se présentent à bords de l’embarcation afin de proposer tous types de produits tels que dès l’électronique, des cosmétiques, de l’eau et surtout les fruits et légumes cueillis le matin même. À mi-chemin une pause s’impose, c’est là qu’on ingurgita notre premier dal-bhat en 5 minutes montre en main. Le dal bhat est le plat népalais par excellence. Copieux, il est constitué de riz, de pomme de terre et légumes au curry, de légumes en conservés dans la saumure et le dal qui correspond à une soupe aux lentilles vertes. À ça peuvent être ajouter des viandes telles que du porc, du mouton ou plus communément du poulet, ou plutôt d’os de de poulet à rogner avec les dents à la manière d’un chien affamé.
Une fois à Jiri, on jugea raisonnable de parcourir les quatre heures et demie de marche qui nous séparent de Shivalaya le village voisin. Cette mise en jambe nous permit de commencer à nous habituer au climat local et son humidité de près de 100% et une chaleur écrasante.
Les premiers éléments de la faune locale rencontrés sont les sangsues. Ces fourbes se dressent comme des I sur roches et feuillages afin de s’agripper à moindre occasion s’empressant d’atteindre le bout de peau le plus proche et sucer notre sang sans modération. Après avoir traversé un pont métallique décoré de drapeaux de prière, nous arrivâmes à Shivalaya où nous nous réfugions rapidement dans une maison de thé avant l’arrivée de la pluie. Dans cette auberge tenue par un couple bouddhiste et ses deux enfants en jeune âge, on apprit que le village a énormément souffert de la crise mondiale du Covid 19 et que nous sommes les premiers touristes depuis un bon moment.

Shivalaya- Bandar

Le matin, la journée commence par la bénédiction au moyen d’encens, de la terre, de la maison et de ses habitants. Malgré des conditions climatiques pas les plus agréables, nous arrivons enfin à Bandar après l’ascension de deux cols. Après avoir fait le tour du temple et des stupas qui se trouvaient là, nous commençons par demander le gîte dans un monastère dont les moines nous indiquèrent une adresse où nous pouvions loger. Là nous sommes chaleureusement accueillis dans une auberge ou résident 3 générations. Traînent dehors dans des plateaux en osier, maïs, haricots et feuilles de the fraîchement cueillies. Nous partageons un moment convivial autour d’un repas avant de danser et faire jouer les jeunes filles, avant de s’installer devant les feuilletons indiens défilant à la télévision.

Bandar-Sete

Cette journée ne fut pas la plus agréable, en effet après avoir commencé la journée en descendant tranquillement jusqu’au cœur de la vallée, la montée jusqu’à Sete s’avère la plus raide de tout le périple.
Après avoir gravi 1000 mètres de dénivelé positif en à peine 3 kilomètres, nous être fait bouffer par les sangsues et avoir enduré une pluie tropicale ininterrompue, nous arrivons non sans douleur aux jambes au village ou je dirais plutôt le lieu-dit de Sete. Cette bourgade de Sherpas, une caste des montagnes himalayennes est constituée de 2 baraques dont l’une est abandonnée. Au niveau du stupa situe au bout du village, nous trouvons des plants de cannabis, de la ne tarda pas à apparaître un vieillard, aux yeux injectés de sang et avec le sourire coupable, pas peu fiers de leurs bêtises.
Ce soir-là, on savoura en compagnie du fameux papi une nourrissante soupe Sherpa. Qu’est-ce que cette soupe ? me direz-vous. Eh bien ce n’est ni plus ni moins qu’une soupe de reste. Dans un bouillon de la vieille sont ajoutées tous les restes qui traînent dans le placard, que ce soit riz, pâtes, patate ou des légumes, coupes en dés, le tout assaisonné de de sel et un peu de piment à la convenance, histoire de bien faire passer le tout. Gustativement ce mets n’a rien à offrir, mais il a le mérite d’être copieux après une bonne journée de marche. Avant le prochain orage de mousson, le ciel nous offrit quelques rayons lors du coucher de soleil sur les montagnes gravies ce jour-là. Ce moment hors du temps nous conféra un sentiment de légèreté et d’invincibilité.

Sete- Jumbesi

Journée qui restera dans les annales comme une des plus difficiles, car combinant un ensemble de paramètres défavorables à savoir :

  1. Une ascension très compliquée
  2. Des conditions météo difficiles
  3. L’absence de sentiers
  4. Une chute et des dégâts matériels
Je m’explique, la première difficulté du jour commence avec la pluie diluvienne et incessante toute la journée. Vient ensuite une longue ascension où nous atteindrons un col à 3600 mètres d’altitude. À cette altitude, l’oxygène commence à manquer, causant un essoufflement au moindre pas. Sans oublier le froid qui, combiné à l’humidité, vous glace les os.
Une fois arrivés en haut de la montagne, d’où l’on ne put même pas les paysages à cause de la pluie, nous nous réfugions dans une bergerie avec les pieds baignant dans la bouse de vache. En continuant un peu plus loin, un homme nous accueillit chez lui. Il faisait sécher sur le feu des champignons qu’il employa afin de nous préparer une soupe. Nous ne savons toujours pas lequel du goût ou du réconfort apporté par cette soupe classe celle-ci au top des soupes dégustées lors de ce voyage.
Après cette pause bien méritée, vient ensuite la descente jusqu’au village de Jumbesi. Le sentier ralliant Jumbesi a été dévasté afin de construire « une route », dépourvue d’arbres et qui serpente jusqu’au prochain village. Vers la fin de ce massacre de forêt, je me retrouvai face à une marche de terre de plusieurs mètres de haut. Chargé de mon sac et équipé de mes bâtons, j’essayai de négocier au mieux ce passage délicat. Quand soudain, mon pied glissa et je perdis tout contrôle. Essayant de me rattraper avec mes bâtons afin d’amortir le choc, je me retrouvai assis à terre avec entre les mains deux bâtons brisés en deux.
Elliot me rejoignit et me prêta un de ses bâtons de marche pour la fin du parcours qui n’allait pas s’améliorer. La pluie s’intensifiant, on endura des heures à rattraper des glissades intempestives et à essayer de nous abriter avec plus ou moins de succès. Quel ne fut pas notre bonheur lorsque nous arrivâmes enfin, trempés jusqu’aux os ! Reçus par un vieux couple de Sherpas dans une maison très coquette et au jardin respirant la sérénité. On y passa la soirée à bavarder de tout et de rien avec ce couple qui a décidé de mener une vie paisible en montagne, à cultiver des légumes de manière biologique et de s’octroyer des voyages autour du monde. Leurs yeux pétillaient de joie alors qu’ils nous les photos de leur dernier séjour en Normandie.
Le meilleur moment de la soirée restera n’empêche le match de football de l’équipe de France regardé à la télévision en compagnie de ce monsieur qui aurait pu être mon grand-père. Je peux vous assurer que toute la vallée se rappellera cette nuit durant laquelle l’on cria de joie et d’entrain au rythme des offensives de l’équipe.

Jumbesi-Nunthala

Après la rude journée de la veille, nous sommes acclimatés pour le défi qui nous attend à savoir près de 20km de marche avec deux cols à franchir, tous deux à plus de 3000 mètres.
Mais avant cela, nous commençons par nous rendre au monastère bouddhiste de Jumbesi qui est le plus vieux de la région du Solukumbu. Celui-ci est très charmant et vivant. Le monastère porte malheureusement les séquelles du dernier tremblement de terre survenu sept ans auparavant.
Avant de franchir chacun des cols, la fatigue et le manque d’oxygène se firent ressentir, nous projetant petit à petit dans un état de transe dans laquelle la concentration se porte sur le prochain pas, le bruit de sa respiration et le cliquetis des bâtons de marche percutant le sol à intervalles réguliers.
Sur la route nous passons par un petit village où les femmes s’habillent de manière très coquette, arborant de longs cheveux, mais surtout elles se distinguaient par les nombreux pendentifs en or accroché à leur nez et oreilles. Je suppose qu’il est possible de déterminer le rang social de la personne grâce à la taille et la qualité de finition du bijou ainsi porté.
Le soir, on posa nos bagages dans une auberge où nous mangeâmes un dal bhat. Celui-ci étant fade, on y écrasa des piments fraîchement cueillis du jardin et qui ne manquèrent pas de provoquer chez nous deux une réaction de sudation quelque peu excessive.

Nunthala-Bupsa– Karikola

L’objectif du jour était initialement d’atteindre Bupsa situe à une quinzaine de kilomètres de là. C’était sans compter sur l’allergie d’Elliot causée par le piment manipulé à mains nues la veille au soir et procurant une forte sensation de brûlure et de démangeaison sur l’ensemble de ses mains et bras.
Afin d’apaiser ces ardeurs, nous avons tout essayé. Crèmes apaisantes après coup de soleil, gants, humidification…heureusement, sur la route se trouve l’hôpital suisse de Karikola. Pour l’atteindre, c’est très simple. Depuis l’entrée du village, il suffit de, en montée durant une demi-heure avant de redescendre sur des sentiers plus glissants les uns que les autres. Heureusement que ce n’est qu’une réaction allergique et non pas une fracture de la jambe. Après une rapide consultation, Elliot ressortit avec un traitement à suivre, mais surtout rassuré à l’idée de se sentir mieux prochainement.
Le détour à l’hôpital nous ayant retardés, nous décidons de passer la nuit à Karikola afin d’éviter la pluie qui a tendance à tomber à partir du milieu d’après-midi.

Karikola-Surke

Ahhh ! Qu’il est bon de se faire réveiller par les rayons de soleil caressant nos visages ! Très vite, les effets de cette bonne nuit de repos se firent ressentir au travers des kilomètres qui défilent les un après les autres et nous permettant de rattraper le retard de la veille.
Non loin de notre point de départ, après le village de Bupsa, nous nous faisons face à un dilemme. Soit continuer tout droit sur le chemin indiqué sur notre carte, mais qui est vraisemblablement fermé, soit emprunter la déviation. Notre choix se porta sur la déviation, plus longue, accidentée et peu fréquentée. C’est alors que l’on s’engagea sur un chemin de type gadoue molle.
Il faut savoir qu’à force d’arpenter les montagnes népalaises, nous avons recensé et classifié les types de sentiers comme suit :

  • Gadoue molle
  • Terre
  • Cailloux et rochers
  • Escaliers :
    • Beaux et réguliers (Pratiquement inexistants)
    • Escarpés et mal entretenus
  • Routes :
    • Pavées à se casser les articulations
    • De terre
À chacune de ses catégories s’ajoutent des variantes locales et les paramètres extérieurs tels que les crottes d’animaux, la pluie et les rivières. Il a été décrété que la pire combinaison possible est celle rencontrée lors de la descente à Jumbesi et qui consiste en un chemin de cailloux et pierres se transformant en lit de rivière lors des pluies diluviennes rencontrées.
Revenons en a nos moutons, nous étions dans un chemin de plusieurs centaines de mètres composés de gadoue molle mélangée à la bouse vache qui en plus d’être glissante avait une tendance à ralentir notre progression par succion de bottes.
Une fois de retour sur le chemin principal, nous rattrapons le groupe d’Australiens qui n’avaient pas pris la déviation. Ils nous confortèrent dans notre choix. En effet, la route principale était fermée à cause d’un éboulement de terrain survenu quelques jours auparavant et qu’il était fort dangereux de franchir.
Après avoir cravaché toute la journée, nous arrivons à Surke, où le groupe d’Australiens nous rejoindra 3 heures plus tard… trempés. Ils nous invitèrent à fêter l’anniversaire de l’un d’eux autour d’une bière et quelques biscuits qui ne manquèrent pas d’apporter un esprit de fête dans ce quotidien qui commence à se ressembler. Ce fut la meilleure soirée de cette première partie de trek, pleine de bienveillance et de légèreté.

Surke-Monjo

Très bonne journée, en plus d’atteindre nos objectifs, nous les avons surpassés. En chemin, nous nous sommes arrêtés à Phakding pour nous régaler autour d’un bol de délicieuse soupe aux nouilles. La cuisinière profite de notre présence afin de nous donner les coordonnées de sa sœur chez qui nous finirons par dormir le soir même dans la bourgade de Monjo, le dernier village avant Namche Bazar. Nous pouvons estimer l’altitude d’un village en fonction de la température d’eau de douche et celle-ci commence à être bien froide (je dirais environ 10 degrés), nous sommes donc entre 2700 et 3000 mètres d’altitude. Enfin, après la bonne douche, rien de tel qu’un repas bien réconfortant. Comme sa sœur, la maîtresse de maison se révéla être un véritable cordon bleu. Elle nous concocte un des meilleurs, si ce n’est le meilleur dal bhat pour l’instant réunissant tous les ingrédients du combo gagnant :

  • Riz bien cuit
  • Dal onctueux
  • Curry aux légumes savoureux
  • Petits condiments
  • Des légumes frais (qui commencent à se faire rares)
  • Pain frit croustillant
  • Sauce piquante maison.
C’est donc un sans-faute ! De plus, comme d’habitude nous avons droit a du rab et on ne s’en prive pas.

Ici s’acève la première partie du récit de l’ascention vers le camp de base de l’Evrest, afin de découvrir la seconde partie, clique sur le lien suivant:Trek EBC, la route des cieux.

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