Trek de l’Everest Partie 2

La route des cieux

Découvre la première partie du récit en cliquant sur le lien suivant: Trek EBC, le sentier des explorateurs.

Monjo- Namche bazar

Après une petite marche ou afluent les trekeur arrivés par avion à l’aéroport de Lukla, on atteignit Namche Bazard, dernière grande ville avant l’Everest. Niché dans le creux de la montagne, on se croirait dans les Alpes tant les rues sont remplies de magasins de trekking, de cafés, d’hôtels et de restaurants. On commença par trouver un hôtel que l’on négocie à bon prix pour y rester quelques jours afin de s’acclimater.
On voulut profiter de rester quelques jours au même endroit afin d’y effectuer nos lessives. Pour cela, on commença par demander le tarif des lessives à l’hôtel qui nous annonça un prix à la pièce exorbitant. On décida alors de faire notre lessive nous-mêmes. Pour cela, rendez-vous au lavoir situé près du stupa en contrebas de la ville. On y emprunta une bassine à une locale. Afin d’obtenir le meilleur résultat possible en un temps limité, on développa une technique, certes un peu archaïque, mais fonctionnant plutôt bien. On place les vêtements et la lessive dans la bassine et on écrase le tout vigoureusement avec les pieds, ce qui ne manque pas de faire rire toutes les femmes du lavoir qui ne voient vraisemblablement pas souvent d’homme faire la lessive et encore moins des étrangers. Enfin, l’essorage se fit par rotation des vêtements par leurs extrémités. Compte tenu de la situation météo actuelle et des jours à venir, il sembla fort compliqué de faire sécher nos vêtements assez vite avant notre départ prévu deux jours plus tard. On élabora alors deux méthodes de séchages. La première consiste à placer les vêtements entre le sommier du lit et le matelas, cela permet de faire sécher les fringues tout en dormant au sec. Cette méthode fonctionne, mais son efficacité est limitée. La seconde technique, dite du ‘porté séché’, est encore plus simple. Pour cela, il faut s’habiller avec les vêtements du lendemain avant de dormir. Cette méthode souvent employée comporte plusieurs avantages, c’est la plus efficace, car les vêtements sont pratiquement secs de lendemain matin, et permet d’économiser un temps précieux le lendemain matin l’inconvénient est qu’à force de pratiquer cette technique, le sac de couchage est continuellement humide, ce qui peut s’avérer fort désagréable une fois que la température des chambres chute.
Le reste de notre temps à Namché fut employé à faire des petits achats de dernière minute, mais surtout, du fromage de yak, ou pour être plus précis du fromage de nak, la femelle du yak. Il faut dire que depuis le début du trek une semaine plus tôt, nous avons pris le temps d’acheter régulièrement du fromage dans tous les magasins en proposant -culture française oblige. Le fromage de nak a le mérite d’être fabriqué en hautes altitudes, et son goût particulier est très complexe. Il s’agit du plus savoureux des fromages que l’on ait eu l’occasion de déguster. Derrière une croûte un peu dure se révèle un fromage salé, gras, fondant, et au final relativement doux, mais aux arômes francs et prononcés qui font voyager les papilles au septième ciel. Nous décidons d’en acheter une grande quantité histoire d’avoir du réconfort en barre dans les moments difficiles. Nous en achetons aussi à nos amis australiens afin de les remercier pour la soirée partagée quelques jours auparavant.

Namche bazar- Deboche

Bonne journée de marche, peu agréable, parfaite pour l’acclimatation. On commença par se hisser au village de Tengboche ou l’on attendit le début d’après-midi afin de visiter le somptueux temple qui s’y trouve avant de traverser une forêt de rhododendrons menant au village de Deboche ou l’on s’arrêta, freinés par la pluie qui commençait à tomber.
Ces jours-ci, deux choses nous contrarièrent, la première étant le brouillard qui ne nous permettait pas de voir a plus de 50 mètres, nous gâchant la vue dont on avait beaucoup entendu parler. La seconde contrariété est la suivante, arrivée à Deboche, devant l’auberge ou l’on passa la nuit, nous avions mis en place une stratégie complexe et élaborée de négociation du prix de la chambre, sauf que surprennent l’aubergiste accepta notre première offre pourtant fort ambitieuse. « Tant mieux me direz-vous ! » certes, mais nous fumes fort frustrés de cet accord ne nous ayant pas permis d’exprimer au mieux nos talant de négociateurs. Cette frustration étant d’autant plus renforcée que notre interlocuteur était un sosie de Kim Jung Un, le dirigeant nord-coréen, ce qui nous aurait donné l’impression de négocier un accord de paie nucléaire.

Deboche-Orsho

Journée un peu similaire à la veille. Nous avançons à l’aveugle, mais au moins nous avançons. En chemin, on s’arrêta à Pangbohe, reconnu comme le plus vieux village sherpa dans la région de l’Everest et situé à plus de 4000 mètres d’altitude. On en profita pour visiter le monastère, construit au XVI -ème siècle et reconstruit dans les années 1660, par le Lama Singwa Dorje, alors roi de la région du Kumbu (Everest). Ce moine de haut rang avait pour habitude de voler au-dessus du Kumbu, ce qui lui valut le titre de « Lama volant ». La légende raconte même qu’un Yeti s’occupait des tâches ménagères alors que le Lama méditait. On peut d’ailleurs observer dans le temple des ossements de ce même Yeti, décédé lors d’une terrible avalanche.
À la tombée de la nuit, nous arrivâmes au lieu-dit d’Orsho à 4200m mètres, composé d’un seul et unique bâtiment où l’on passa la nuit. On y fut accueilli par un personnage haut en couleur, hyperactif et adorable. Plein de bonnes volontés, il n’hésita pas à abuser de l’usage de galette de bouse séchée afin de nous réchauffer, mais surtout d’enfumer toute la baraque. Cette fin de journée, fût surtout pour nous l’occasion de prendre notre dernière douche, pour faire cela, il faut :

  1. Prendre le seau d’eau à l’entrée de l’auberge
  2. Le remplir 100 mètres plus loin avec une eau à peine plus chaude que de la glace
  3. Se doucher dans une cabane en bois, sans lumière et dans des températures glaciales.
. Ce sera officiellement notre dernière douche de l’ascension.

Orsho-Pheriche

Le manque d’oxygène des hautes altitudes se fait ressentir notamment par des troubles du sommeil. L’insomnie de ce soir fut l’occasion idéale de prendre quelques photos nocturnes des sommets environnants et la couverture céleste sans la moindre pollution lumineuse. Encore un moment intime, magique, hors du temps, en tête à tête avec les étoiles.
On rejoint ensuite le lodge conseillé par le vieux fou et situé quelques kilomètres plus loin. La après avoir déposé les affaires, j’espérais profiter d’une journée entière de repos, à dormir et/ou me balader dans le village. Elliot n’était vraisemblablement pas du même avis et nous mènera jusqu’au village de Chunkung situe dans la vallée voisine et plus haute de 800 mètres que notre point de départ. Ce village représente le camp de base lors de l’ascension du Island Peak.
Tout le long de la montée, je subis le mal des montagnes. Pris de migraines atroces, vertiges et légères nausées. Je me sentais mourir sur place. Heureusement qu’Elliot garde le cap, et la motivation. Je me souviendrais toujours des paroles d’Elliot : « Quand tu commences à voir des étoiles, tu me dis hein ? » Cela faisait déjà quelques minutes que j’avais ces étoiles et la vue qui commençait à se brouiller, mais je savais que si je m’arrêtais, jamais je ne me serais relevé, il fallait donc que je m’accroche afin de gravir les derniers mètres qui nous séparaient du bouiboui où nous primes notre pause devant les imposants Island Peak et Ama Dablam. Une récompense bien méritée, mais mon état de santé m’inquiétant qu’on ne s’attarda pas afin de redescendre rejoindre à Phériche.
Dans cette gargote, fréquentée par les guides locaux, nous rencontrons un guide en formation. Cet homme, à peine plus jeune que nous, nous impressionna par sa motivation et sa ténacité. Le lendemain, avec son équipe, il effectuera l’allez retour au camp de base de l’Everest en passant par la Kongma La Pass connue pour être une des plus exigeantes du secteur.

Pheriche-Thukla-Lobuche

Pour atteindre Thukla, le premier village à traverser ce jour-là, il faut remonter toute la vallée. C’est un sentier fort agréable, car plat et offrant une magnifique vue sur un ensemble de sommets aux alentours, seul le dernier kilomètre est plus technique, car il consiste en une montée afin de rejoindre un passage de pierres permettant de traverser une rivière bordant de village.
Après Thukla, les choses se compliquent. Une montée à pique et qui semble interminable nous mène au mémorial de Chukpi Lhara où sont érigés un ensemble de stupas de pierre à la mémoire de ceux tombés dans ces montagnes. Ce lieu ne laisse personne indifférent et ramène chacun à sa vulnérabilité face à l’immensité de la nature qui l’entoure, invitant chacun à l’humilité, au respect et à la prudence face aux éléments.
On arriva enfin à Lobuche après avoir longé le glacier de l’Everest et traversé celui du Lobuche en compagnie d’un couple d’Allemands tout aussi épuisés que nous.

Lobuche- Gorak shep- EBC

Nous aurons mis 4 heures à parcourir les 4 kilomètres qui nous séparaient de Gorak Shep. Ce village défini comme « les marches du paradis » par le Dalaï-Lama et situé à 5150 mètres au-dessus du niveau de la mer est le dernier arrêt avant le camp de base. Situé sur une rive du glacier et dominé par le Nuptse. Une fois une auberge trouvée, on s’y installa. Le repos fut écourté par un constat : nous avons encore le temps de rejoindre le camp de base de l’Everest avant la tombée de la nuit !
Branle-bas de combat, un sac de survie contenant le strict minimum (trousse médicale, eau, denrées alimentaires, lampes) est préparé en vitesse et nous revoilà sur le chemin longeant le glacier d’où l’on aperçoit, dans le fond, le camp de base, au pied de la cascade de glace. Sur ce dernier sentier, nulle place à l’erreur, la moindre seconde d’inattention mettrait fin au voyage. La route est longue et très difficile. Il faut tenir le coup, c’est la dernière ligne droite. Nous nous accrochons de notre objectif, il est juste là, on le voit, si près et pourtant si loin. Malgré la fatigue et les migraines, nous réunissons nos forces et nos esprits afin de ne pas flancher et rester concentrer. Nous sautons de rocher en rocher afin de nous déplacer sur le glacier et atteindre, enfin, le camp de base de l’Everest !
Ça y est ! On l’a fait, et à la dure ! On a de quoi être fier de nous, notre premier trek, nos premières hautes altitudes, et nous voilà là, au pied du toit du monde. Cela nous aura pris 14 jours afin de rallier Jiri au Camp de Base de l’Everest, à pied, sans guide et sans porteur. Aucun mot ne peut décrire la sensation qui nous emplit et nous dépasse, un mélange de joie, de chaleur, de gratitude, d’euphorie, de satisfaction et de plénitude. C’est fou ce que l’homme peut endurer quand il est motivé. Jamais je ne me serais imaginé ici, en si bonne compagnie. Nous sommes impressionnés de nos propres performances vis-à-vis de nos limites que nous pensions connaître et qui nous avons repoussés à plusieurs reprises.
De retour à l’auberge, on planifie la journée du lendemain, au programme ascension du KalaPattar avant de redescendre à Thukla. La meilleure vue depuis le sommet de KalaPattar est obtenue au moment du lever de soleil ou le mont Everest revêt une robe orange, c’est pourquoi nous prévoyons d’entamer la marche de nuit.

Gorak shep -Kala Pattar- Thukla

Après avoir observé la météo brumeuse à 4 heures du matin, nous décidons de nous rendormir, prenant le pari que le ciel se dégagera plus tard, comme il a tendance à le faire depuis quelques jours. Il serait dommage de ne profiter d’aucune vue une fois au sommet.
Au lever du soleil, alors que la brume commence doucement à se dissiper, nous entamons notre marche vers le sommet alors que les motivés partis à 4 heures rentrent dépités. L’ascension est très lente, car la taille de notre foulée n’excède pas les trente centimètres. Nous avons bien fait de repousser notre départ, car tout au long de notre ascension -la plus pénible du voyage- le ciel n’eut de cesse de se dégager en nous offrant, une fois là-haut, à 5600 mètres de haut, la plus belle vue de tout le voyage.
Devant nous, dans le fond, la chaîne des 6000 mètres côtoyés les derniers jours et constituée des monts Ama Dablam, Kangtega, Taboche, Cholatse, et Lobuche. À la gauche, au-dessus de l’immense glacier se dresse au second plan le mont Nuptse suivi du mont Everest. Derrière nous, après le mont Pumori se trouve la frontière entre le Népal et la Chine ou plus précisément le Tibet, et enfin à la droite de la crête sur laquelle nous nous trouvons, se niche au milieu des neiges- peut être plus si éternelles, un lac d’altitude couleur bleue turquoise. Je ne sais pas lequel de la vue ou du manque d’oxygène nous a le plus coupé le souffle.
Là-haut, le vent glacial accompagné des premiers flocons de neige aura raison de nous. On rebroussa chemin parcourant la route des derniers jours en un clin d’œil pour rejoindre Thukla d’où l’on a prévu de rejoindre les lacs Gokyo les jours prochains.

Thukla- Cho La- Pangboche

Étant donné que nous sommes en avance de deux jours sur le planning initialement prévu, nous décidons d’effectuer un crochet par les lacs Gokyo avant de redescendre à Namche. La tempête de neige qui s’en vient dans les jours prochains, nous contraints d’effectuer ce parcours au plus vite.
La route depuis Thukla jusqu’au lac Gokyo s’effectue en deux jours. Nous avons prévu de rejoindre les hébergements situés juste après la Cho La Pass, à plus de 5200 mètres dans un premier temps, avant de traverser le glacier au petit matin et arriver enfin au lac Gokyo le lendemain.
En chemin, depuis Thukla, Elliot signala une douleur thoracique. On continua de marcher jusqu’au village de Zhongla. Les symptômes identiques à ceux d’un arrêt cardiaque ne faisant qu’empirer, il fut convenu de faire demi-tour afin de rentrer à Pheriche 8 km en aval et où se trouve un hôpital.
Elliot assimila la route jusqu’à Pheriche à une descente aux enfers l’affaiblissant pas après pas. Quant à moi, je me sentais impuissant. Après l’avoir délesté d’une partie de son poids, je ne pouvais plus le soutenir que mentalement. Arrivés au village, nous cherchâmes désespérément l’hôpital. Un gérant de café nous indiqua que celui-ci était fermé pour l’instant, car un neuf est actuellement en construction, néanmoins, un médecin passe régulièrement dans le village. On patienta de longues heures dans l’espoir de croiser le médecin qui ne vint décidément pas probablement, car c’est jour de fête.
Le seul remède contre le mal des montagnes est la descente. On s’empressa alors de perdre un maximum de hauteur avant la tombée de la nuit, ce qui nous mena à Pangboche où l’on s’écroula après près de 20 kilomètres de marche. Dans des moments comme celui-ci, il est important de garder de la bonne humeur afin de ne pas craquer. À cette occasion, Elliot fut exemplaire par son courage, sa ténacité et sa résilience.

Pangboche- Namche Bazar

Pour commencer la journée, on trouva l’hôpital Népalo-Allemand, ou plutôt… ce qui l’en est devenu. Une fois les fondations inaugurées quelques années plus tôt en compagnie du gouvernement allemand, les Népalais se sont empressés il d’y construire non pas un grand hôpital afin de servir l’ensemble des habitants du coin (le prochain étant à au moins 2 jours de marche pour une personne saine), mais plutôt un somptueux complexe hôtelier, verdoyant avec piscines extérieures et tout ce que cela implique afin de servir les touristes cherchant à allier confort et dépaysement. Cette reconversion de l’hôtel en dit long sur la politique, la corruption et les priorités des autorités locales, et cela me dégoûte. De plus cela n’est probablement pas un cas isolé et il est fort probable que d’autres projets, financés par le contribuable français, aient subi un sort similaire.
Durant cette journée, les articulations furent mises à rude épreuve, la douleur ne faisant qu’empirer au fur et à mesure de la marche. Sachant que la tempête de neige arrive à partir du lendemain, nous tentons de dénicher un moyen de rejoindre Katmandou. C’est pourquoi un détour est effectué afin de rejoindre l’aéroport de Syangboche, où se trouve encore probablement le « Russian Helicopter », un avion militaire prêté par les Russes à des fins de secours et de transport de marchandises. Malheureusement, il n’y avait pas de Russian Helicopter, et pour cause nous sommes en temps de fête du Dashain, la plus grande fête hindouiste, et l’hélicoptère a été réquisitionné à d’autres fins.
C’est donc bredouille que l’on atteint Namche ou l’on se rendit dans la même auberge que lors de l’ascension et on y négocia un hélicoptère pour le lendemain matin.

Namche Bazar- Lukla

On se réveilla tôt ce matin-là, car nous avons prévu de prendre un hélicoptère négocié la veille. Malheureusement, l’hélicoptère ne partira pas aujourd’hui à cause des conditions météorologiques qui ne font qu’empirer., « les rochers n’ont pas d’yeux » comme on dit. Cette nouvelle qui nous plomba le moral implique des conséquences dont on se serait bien passé, à savoir :

  • Refaire nos sacs
  • Marcher 20 kilomètres jusqu’à Lukla sous une pluie battante
  • Trouver un avion afin de redescendre dans la vallée
  • Rater les célébrations de la fête de Dashain
Nous sommes donc partis pour 20 kilomètres. On marche, on court, on vole !! Les enjeux ne sont pas des moindres, éviter un maximum de pluie, mais surtout arriver à Lukla et y réserver notre avion avant l’arrivée des groupes de touristes, et potentiellement prendre les seuls avions de la journée considérant que le gros de la tempête frappera les jours prochains, ce qui risque de nous coincer pour une durée indéterminée.
Lors de la descente, nous fûmes choqués de la différence de fréquentation des sentiers comparativement à notre ascension, où nous marchions pratiquement tout seuls. Les sentiers sont emplis de files de groupes de touristes qui se suivent et se ressemblent, tous plus équipés les uns que les autres, armés de leurs vestes en goretex et leurs chaussures à peine sorties de boutiques. Les files de bœuf et d’ânes chargés de sacs de marche, de bombonnes, de gaz, de soda ou encore de bière se frayant un chemin dans la foule semblent les plus dangereuses. Je fut moi-même chargé une fois par un bœuf, et failli me retrouver dans le fond d’un ravin après avoir partagé le sentier avec un âne inconscient de l’espace qu’il occupait.
Les porteurs, les âmes de ces montagnes, gravissent les escaliers sans pouvoir regarder plus loin que le prochain pas tant leur cargaison surdimensionnée par rapport à leur taille les force à courber le dos afin de ne pas tomber à la renverse. Ici, tout et n’importe quoi est transporté à dos d’hommes, on vit même téléviseur grand écran et réfrigérateurs acheminés de la sorte.
À mi-chemin, la question du repas ne se posa même pas, nous fîmes halte à Phakding dans la même garrotte que lors de la montée. On ne peut y être déçu de la nourriture. On y dégusta d’ailleurs les meilleurs Mo-Mo du voyage, nous eûmes même droit à un tutoriel de fabrication de ceux-ci… une vraie œuvre d’art. Après check-point et formalités, nous arrivâmes trempés à Lukla, où l’on commença par prendre un billet d’avion, au guichet, en espèce, nous payons même un supplément afin de pouvoir prendre un hélicoptère dans le cas échéant. À ce moment-là, tout mène à dire que l’on se fait arnaquer de plusieurs centaines d’euros, et cela de notre plein gré, le sourire aux lèvres. Quelques heures plus tard, la sentence tombe, nous ne volerons pas ce soir. On décide alors de se réfugier dans un hôtel à l’isolation douteuse.
La journée du lendemain fut longue. Très longue. On passa notre temps à se déplacer de cafés en maisons de thé et de maisons de thé en cafés, afin de rester à l’abri pour écrire nos aventures tout en changeant de paysage.
Quand soudain, un appel téléphonique nous sortit de cette monotonie. C’était le représentant de la compagnie aérienne qui nous ordonna de nous rendre à l’aéroport, le plus vite possible. Ni une, ni deux, on déposa un billet sur la table et nous voilà le sac sur le dos courant à toute allure vers l’aéroport qu’on atteint en moins de 5 minutes. Fouille expresse, carte d’embarquement distribuée à l’arrache, et nous voilà, en file indienne, à l’entrée du tarmac, nous rongeant les ongles d’angoisse. Un premier avion atterrit, se délesta de ses passagers et sont appelés dans la salle d’attente les heureux élus dont on ne fait pas partie. Après 20 minutes d’attentes, on apprit que notre avion fit demi-tour à cause des conditions climatiques. On négocia alors notre place dans le premier avion du lendemain, même si celui-ci n’était pas à destination de Katmandou, mais de Ramachep.
Le soir, on eut beau être à 2500 mètres de haut, au fin fond de l’Himalaya, notre cœur et notre corps étaient en Irlande, dans un pub ou s’étaient réuni des marcheurs de tous les royaumes unis, Irlande, Écosse, Angleterre et pays de Galle étaient représenté, en enchaînant bières et musiques entraînantes invitant à la danse et au chant. On se prêta au jeu autour d’un billard et d’une partie de fléchette endiablée.

Lukla- Ramachep- Katmandu

Le lendemain, réveil à l’aurore pour se rendre à l’aéroport. Par chance un seul avion prendra son envol ce jour-là, et ce fut le nôtre. On arriva à Ramachep après avoir survolé une dernière fois l’Himalaya, remuant les souvenirs des dernières semaines au fur et à mesure que l’on entrevoit certaines montagnes et villages traversés à pied.
À Ramachep, les chauffeurs de taxi se ruèrent sur nous afin de nous proposer des déplacements jusqu’à Katmandou. Afin de ne pas se faire arnaquer, on décide de s’associer à deux Népalaises qui se chargèrent de négocier un taxi pour Katmandou. Le trajet de 5 heures se présenta comme l’occasion idéale de discuter avec ces deux demoiselles du Népal, de ce qu’il fut et de son avenir, mais aussi de religion, de politique et d’autres encore. On en apprit aussi énormément sur la culture, les peuples les traditions et la signification de plusieurs symboles hindous comme ces grandes balançoires en bambou érigées à l’entrée des villages à l’occasion de la fête de Dashain.
La fête de Dashain est l’une des plus importantes pour les hindous. Échelonnée sur une période de 15 jours, cette commémoration célèbre la victoire du bien contre le mal. La légende raconte comment Mahishasura, devenu immortel grâce au seigneur Brahma, profita de son pouvoir afin de mener des guerres sanglantes. Afin de faire cesser ce règne, les dieux Shiva (dieux de la destruction de l’ignorance, mais surtout de la transformation), Brahma et Vishnu ainsi que leurs femmes créèrent Durga, la déesse aux dix bras, qui mis 10 jours afin de vaincre Mahishasura, le démon à la tête de buffle et ramener la paix sur Terre. Depuis, Durga est vénéré tel que la déesse de la guerre ou plutôt de la paix à l’occasion de Dashain.
Arrivée à Katmandou, la priorité est de faire nos lessives, car nous n’avons plus rien à porter sans se faire repérer à 10 mètres à la ronde. Malheureusement, toutes les laveries sont fermées, même les prétendues laveries 7 jours sur 7. Bon pas grave, on se cala dans un café pour savourer un savoureux jus de fruits et on y tomba par hasard sur le groupe d’Australiens qui revenait d’une séance de magasinage. Ils nous proposèrent de les rejoindre pour partager un repas le soir même.
À la nuit tombée, on retrouva nos amis dans la meilleure pizzéria de la ville avant d’aller en boîte de nuit. On pénétra alors au « Purple Haze ». C’est une boîte de nuit sur plusieurs étages proposant des Live Music. On y resta jusqu’à la fermeture, dansant et chantant au rythme de reprisses des musiques rock et populaires des années 60 à 90. Cela nous procura une joie énorme de retrouver nos partenaires d’aventure, à altitude raisonnable et pouvoir partager leurs derniers moments de joie avant leur départ le lendemain matin.
Le lendemain, on prit d’abord le temps de nous remettre des émotions de la veille avant de se flâner à Durbar Square, ancienne ville où l’on rencontra Audrey, une Française de notre âge, en année sabbatique en Asie et avec qui on fit de l’urbex dans une faculté abandonnée.
La majorité des centres culturels népalais se trouvent dans la vallée de Katmandou, notamment la Hanuman-Dhoka Durbar Square -qui signifie place royale- située dans le cœur historique de Katmandou, et qui regroupe un ensemble de magnifiques temples et tombeaux hindous et bouddhistes principalement construits en pagodes et ornés de sculptures complexes de bois. Cette place royale tient son nom de la statue de Hanuman située à l’entrée de la place qui était d’ailleurs décorée de couronnes de fleurs et vénérée ce jour-là. Le dieu Hanuman, dieu de la sagesse, représenté sous forme de singe et compagnon du dieu Rama, est connu pour être assez fort pour soulever des montagnes et plus rapide que Garuda le véhicule du dieu Vishnu. Fâcheusement, Durbar Square a été grandement détruite lors du tremblement de terre de 2015, mais heureusement, le gouvernement et le peuple népalais ont mis un point d’honneur à la conservation et la rénovation de leur patrimoine. Pour cela, au travers d’une charge financière pour l’accès à la place, une rénovation, pratiquement pierre par pierre fut effectuée de manière méticuleuse, un travail d’artisanat qui force le respect.
Du fait des jeux politiques et des variations de capitales nationales, il existe en fait plusieurs Durbar Square comme la pittoresque place de Patan ou Latipur surnommée « La ville des beaux-arts ». La richesse de ces places réside en leurs compositions. Un patchwork d’édifices, de temples, de palais, de stupa, de statues financés et construits au fils des siècles, des rois, et des dons.

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